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PHOTOS DE VOYAGE

Les tamias du matin calme (tragédie en trois actes)

Lake Louise (Rocheuses Canadiennes) Août 1996

ACTE 1 / 7h30 du matin

Comme presque tous les jours depuis une semaine, le timbre strident de mon petit réveil de voyage m’a extrait violemment de ma torpeur, quelques minutes avant l’aube.

Ce réflexe incongru (tous mes amis me disent qu’il n’est pas raisonnable de se lever tôt en vacances, même quand on voyage seul) m’a quand même permis de voir pour la première fois de ma vie des ours et des loups en liberté, seul à quelques dizaines de mètres d’eux.
Ce n’est donc pas à mon âge que je vais renoncer à ces petits plaisirs de la vie et changer soudainement mes habitudes.

Je suis seul et heureux, à des milliers de kilomètres des tristes brumes parisiennes.
A l’issue des 50 kilomètres parcourus, sans croiser âme qui vive, le long de la large route sinueuse de montagne, dans la faible lumière du point du jour, je gare le plus silencieusement possible ma petite Pontiac bleue métallisée non loin du parking du grand
hôtel Fairmont Chateau.

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C’est une de ces imposantes bâtisses, construites initialement pour les aventuriers voyageurs des années trente, et dont l’extension progressive, mélangeant avec plus ou moins de bonheur tous les styles architecturaux, a simultanément accompagné l’accroissement violent de tous les flux touristiques qu’a connu le vingtième siècle.

Ces bâtiments défigurent trop souvent la pureté des paysages de montagne, comme celle de la plupart des grands sites naturels du monde.

Leur seule raison d’être, qui est généreusement suffisante à leur survie, est de permettre aux voyageurs fortunés d’aujourd’hui de pouvoir contempler à loisir, depuis les hauteurs de leurs balcons privatifs, des panoramas spectaculaires sur les sites les plus éblouissants de la planète.

La seule découverte des tarifs exorbitants des chambres m’a contraint, la veille, à descendre un peu plus bas dans la vallée, vers Banff, pour trouver un hébergement plus à la mesure de mon budget estival.

Sans plus m'attarder sur la silhouette encore sombre du grand édifice de pierre, où seules quelques fenêtres isolées commencent à donner signe de vie, je me glisse rapidement et en silence vers les bords du lac endormi, distant de quelques centaines de mètres.
Je suis arrivé à temps : Les premiers rayons du soleil s’immiscent à travers les hautes cimes et les grands conifères qui entourent la profonde vallée glaciaire au fond de laquelle repose le lac. Ils frappent déjà l’eau, légèrement agitée en surface d‘un vacillement de fines facettes d’argent, œuvre éphémère de la brise fragile qui accompagne toujours en altitude le lever du soleil.

Après quelques longues minutes d’attente, délicatement, les petits rochers glaciaires du bord du lac reçoivent enfin leur première chaleur du jour.
C’est le signal qu’ils attendaient… Ils sont là, comme chaque jour !

Des dizaines, peut-être des centaines, de petits tamias !

Les tamias, vous les connaissez surement, ce sont ces minuscules écureuils nord-américains aux grands yeux soulignés de blanc, décorés de fines bandes grises et brunes sur le dos, et qui ont si souvent inspiré Walt Disney et de nombreux autres créateurs de dessins animés…

Les tamias se réveillent les uns après les autres, surgissent d’on ne sait où, bondissent de rocher en rocher et jouent ensemble à s’attraper comme de très jeunes enfants dans une cour de maternelle, à deux ou trois mètres seulement de moi, entre le sentier et la rive abrupte du lac.
Je commence sans tarder la séance photo.

Je colle fermement le boitier à mon œil droit.

Je « respire » la lumière rasante.
J’affine les derniers réglages de diaphragme et de vitesse.
J’essaie de tout oublier pour concentrer toute mon attention dans le viseur et capter leurs mimiques fugaces sur le ruban de ma pellicule…

J’ai déjà déclenché rapidement une dizaine de fois lorsque le bruit insistant du moteur de mon boitier reflex m'incommode tout à coup… Je comprends alors très vite qu’il incommode surtout les tamias, qui, s’ils sont visiblement flattés de ma présence pacifique et de l’admiration muette que je leur porte, restent beaucoup moins complaisants envers la sonorité métallique agressive de mon vieux compagnon de voyage, qui perturbe, à intervalle régulier, leurs échanges de petits cris à peine perceptibles.
Je décide alors et soudainement d’arrêter la séance…

Après tout, il y a toujours une vie après la photo !

Progressivement, je m’abandonne pendant de longues minutes à la contemplation presque enfantine de l’insouciance de ces petits rongeurs, des premiers grands oiseaux noirs qui survolent le lac à haute altitude et des roseaux qui dodelinent doucement de leurs têtes lourdes, sans doute pour saluer le jeu du soleil avec le glacier, qui découvre enfin parcimonieusement son manteau lumineux, là-bas, tout au fond de la vallée.
La lumière du jour se fait maintenant plus présente, plongeant peu à peu le lac dans une nouvelle journée ensoleillée.
Tout au dessus du glacier, le ciel bleu et pur des Rocheuses prend à nouveau le pouvoir, tout en douceur.
Je savoure pleinement ma solitude, les senteurs lacustres du matin, la moiteur de la terre blonde du sentier imbibé d’une faible pluie nocturne, et les étranges craquements et chuchotements de la forêt toute proche…

ACTE 2 / 8h00 du matin

Les lourdes portes à tambours de l’hôtel Fairmont s’agitent.
Je ne perçois d’abord que vaguement le danger, au pied de la grande bâtisse, quelque chose comme une colonie d’insectes processionnaires qui s’avance inexorablement vers moi, véhiculant autour d’elle un bourdonnement progressif et lourd de menaces.
Puis, j’identifie rapidement l’envahisseur : Un opiniâtre bataillon de touristes japonais, d’une moyenne d’âge respectable, tous étonnamment armés individuellement d’un petit appareil photo, s’approche à pas lents et mesurés vers les berges du lac, sans porter le moindre regard dans ma direction, avec l’indécence et l’arrogance qui fait la force tranquille des touristes groupusculaires de toutes nationalités.

L’alerte est générale chez les tamias, qui disparaissent les uns après les autres et en l’espace de quelques minutes, dans les plus étroites anfractuosités des rochers…

Les touristes se rassemblent d’abord en grappe informe mais compacte, à quelques mètres du rivage, tournant tous le dos au lac et au glacier, ponctuant leurs moindres mouvements de rires forts et de petits cris acérés.
L’un après l’autre, avec l’organisation et la discipline qui fait souvent la force des Asiatiques, ils sortent alors du rang pour déposer leurs appareils photos au centre d’un cercle virtuel à une dizaine mètres du groupe, juste devant eux, jusqu’à ce que tous ces petits prismes métalliques ou plastiques forment un amoncellement improbable, qui transforme un petit espace de la prairie en un surprenant étal de marché aux puces.
Puis le groupe va se figer à nouveau, dos au glacier…

Apparait alors leur grand maître !

Leur guide accompagnateur ? Le plus âgé ou le plus sage d’entre eux ? Le seul qui, à l’issue de longues heures de patience et de sagesse extrême-orientale, a appris à photographier un groupe entier de cinquante touristes sans en couper ni une tête, ni un pied, tout en conservant harmonieusement l’arrière plan montagnard et lacustre ?

Quelques bras se lèvent alors, les doigts en vé, comme en signe de victoire

Sans un mot, le maître photographe va successivement saisir l’un après l’autre tous les appareils posés au sol et immortaliser à chaque fois l’intégralité du groupe, pétrifié dans une même position rigide et ridicule,… afin que tous les membres du voyage, sans aucune exception, garde un souvenir impérissable et identique de cette belle journée canadienne

En les entendant rire et triompher à voix haute, je songe alors avec tristesse que si certains manifestent ainsi leur victoire, avec leurs deux doigts levés vers le ciel, c’est sans doute qu’ils ont compris que leur bataille contre le silence a été fulgurante, et que l’ennemi fragilisé n’a opposé, cette fois, aucune résistance.

Les féroces troupes du soleil levant ont à nouveau vaincu les tamias du matin calme…

ACTE 3 / 8h30 du matin

Se déversant des larges baies de l’hôtel, les vagues successives de touristes multicolores s’intensifient, tels autant de tsunamis dévastateurs, que seule la tombée du jour pourra, dans plusieurs heures, à nouveau ralentir.

Les tamias ont disparu…

Seuls les grands rapaces noirs continuent leurs lentes rondes circulaires à la verticale, feignant d’ignorer l’agitation croissante qui s’empare désormais de la maigre prairie  baignée de lumière qui fait face à l’hôtel, bien loin en dessous d’eux.

Les tamias sont-ils rentrés précipitamment dans leurs tanières, d’où ils n’en sortiront plus avant demain matin ?

Ont-ils préféré fuir vers les hauteurs, pour y retrouver des terrains de jeux plus propices à leur quiétude ?
Je me moque bien de la réponse. Je veux très vite effacer de ma mémoire cette ultime vision repoussante d’un bien triste parc d’attractions international et ne conserver du Lac Louise que l’image féerique d’un des ultimes paradis terrestres, dont j’ai le curieux sentiment d’avoir été le premier et dernier témoin de la journée qui commence.

Par solidarité écologique avec les petits tamias et sans même avoir eu le temps de leur dire « au revoir », je choisis donc sans une hésitation de quitter rapidement les lieux…

C’est décidé, je vais grimper beaucoup plus haut dans la montagne pour aller revoir mes amis les ours… car peut-être, eux, font-ils encore un peu peur aux cruelles armées japonaises !

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Christian / écrit en MAI 2007

Pensées personnelles, très animales et accessoirement philosophiques...

- La seule énergie du rable, c’est celle du lapin, car elle contribue à la réduction de l’effet de cerf !

- Comment peut-on accuser un cornac de maltraiter un animal sans défenses ?… Impossible, car avec un éléphant, l’argument ne tient pas !

- Le requin marteau et le poisson scie se pêchent traditionnellement à la caisse à outils.

- On dit parfois "le loir est cher" mais il l'est beaucoup moins que le vison...C'est l'arbre qui cache le furet !

- S'il est bien un mammifère qui craint la grippe aviaire...c'est le cochon-dinde !

- Ne confiez jamais votre porte-monnaie à une girafe, car cet animal n'a jamais entendu parler de la réduction des cous...

- La différence entre l’Aï et le paresseux  c’est que le premier est plus fainéant que le deuxième car il n’a même pas le courage d’écrire son nom en neuf lettres.

- Curieuse expression que "S'emm... comme un rat mort" alors qu'en fait c'est "S'emm... comme un rameur" qui est la vraie galère !

- Dans un bateau, la superstition populaire veut que l'on ne prononce jamais le mot "lapin". Dites donc plutôt : "Je ne me souviens plus du nom de cet animal... je l'ai pourtant sur le bout des lièvres !"

PORTRAITS DU MONDE

Portrait_1 OAXACA (Mexique)

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Portrait_3 AGRA (Inde)

Portrait_5 SAMARKAND (Ouzbekistan)

Portrait_6_1 EL GOLEA (Algérie))

Portrait_9 LA PAZ (Bolivie)

Portrait_4 ESPAGNE (Mais oui pas USA !)

Backwaters_1

COCHIN (Inde)

Portrait_10 MYSORE (Inde)

Portrait_11CHAKHRISIABZ

(Ouzbekistan)

Portrait_8_1KANCHI-

PURAM

(Inde)

Portrait_7_1 BANGALORE

(Inde)

Portrait_13 ISTANBUL (Turquie)

PEUPLES DU PEROU

       On ne dit pas "Robuste Péruvien"...

                  ... on dit "Inca de force majeure"

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SOLITUDES & GRANDS ESPACES...

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MADRAS (Inde)

Un an avant le tsunami, une femme de pêcheur contemple l'horizon....

Whitesands_001WHITESANDS (USA)

Le grand désert blanc du Nouveau Mexique

Yellowstonex YELLOWSTONE (USA)

Une éruption du vieil "Old Faithful"

Ws WHITE

SANDS

(USA)

Draa_a MAROC

Gorges du Draa

Sravana SRAVANA BELGOLA (INDE)

Lieu sacré des Jaïns

Image1_copie3 SEVILLE (Espagne)

Effet spécial de gravure ancienne pour une touriste inconnue

Khajuraho1 KHAJURAHO (Inde)

Coucher de soleil sur les temples

Agra AGRA (Inde)

Effet de perspective et envol de saris dans le fort rouge

Cochin_2 COCHIN (Inde)

Théatre Katakali

Venise VENISE (Italie)

AUTOBUS & CAMIONS DU MONDE

Boulognesurmer BOULOGNE SUR MER (FRANCE)

Au coeur du marché aux poissons...et aux frites

Londres_copie2_3 LONDRES (Grande Bretagne)

Les derniers bus à impériale

Boston BOSTON (USA)

Un célèbre "Grey Hound"

Parisf PARIS (FRANCE)

Le manège de la tour Eiffel

Mahaba MAHABALIPURAM (Inde)

La gare routière

Truck BIKANER (Inde)

les célèbres trucks TATA, qui sillonnent l'Inde

ENFANTS DU MONDE

Arequipa_2AREQUIPA (Pérou)  Le marché... Un petit "poulbot" Péruvien, croquant une pomme, porte une attention admirative aux CD musicaux d'artistes locaux. (Cinquième prix - Concours "Les Nikonistes" 2004 / Droits réservés)

Oaxaca_2OAXACA (Mexique) Au coucher du soleil, les enfants se précipitent sur la grande place (Zocalo) pour profiter des courants ascendants crées par les hauts murs surchauffés de la cathédrale. (Premier Prix - Concours "Les Nikonistes" 2005 / Droits réservés)

Jaisalmer JAISALMER (Inde)

Les baies étroites des maisons de la ville haute sont autant de petites "chatières" que les enfants adorent...

Samarkand_2 SAMARKAND (Ouzbekistan)

Les petites apprenties de la manufacture de tapis

Enfant_b CUZCO (Pérou)

Toute la tristesse des enfants qui travaillent partout dans le monde

Marrakech_2

MARRAKECH (Maroc) Une petite touriste isolée opposée graphiquement à un petit garçon local tenant sagement la main de sa mère, sous le chaud soleil du Sud marocain...

Et puis quelques autres encore, juste pour le plaisir...

Lamayuru LADAKH

(Inde)

Petra PETRA

(Jordanie)

Venise_01_3 VENISE

(Italie)

Ladakh_02 LADAKH

(Inde)

Srinagar_2 SRINAGAR

(Inde)

Enfants MADRAS (Inde)

CLASSE ECONOMIQUE

PETITE CHRONIQUE ETHNOLOGIQUE ET AERONAUTIQUE DE LA CLASSE ECONOMIQUE(Christian G. / Texte majoritairement autobiographique)

Edition 1 : Aout 2005 / Edition 2 : Octobre 2005

Pensée préliminaire : Une preuve évidente que les constructeurs d'avions sont de grands professionnels : ils ont le souci du bétail !...

INTRODUCTION

Amis voyageurs

Dans notre société moderne, aseptisée, pasteurisée et lyophilisée, ne laissant désormais que peu de place à l’aventure et à l’improvisation, le voyage en classe économique sur vols longs courriers internationaux reste une des dernières véritables expériences ethnologiques du début de ce siècle, aussi riche en émotions, et à peine moins dangereux, que la descente nocturne en pirogue d’un fleuve Amazonien.

Aussi, après plus de trente ans de périples internationaux, pendant lesquels j’ai déserté, plus que de coutume, la quiétude douillette de la classe affaires pour les contrées inhospitalières de la classe économique, je pense qu’il est temps pour moi de vous révéler les résultats de mes observations scientifiques, principalement opérées sur des peuplades particulièrement hostiles, rencontrées à intervalle régulier et au péril de ma vie, au gré de mes multiples voyages au sein de cette classe, par ailleurs de plus en plus mal fréquentée au fil des années. Puisse ce modeste témoignage vous aider à les identifier dès le décollage, afin d’en fuir au plus vite les terribles nuisances…

Cette nouvelle édition est corrigée des fautes de Saint Taxe (qui, pour ceux qui ne le sauraient pas, est simultanément le patron des grammairiens et celui du ministère des Finances) et enrichie du chapitre 5, sur une (excellente) idée de ceux de mes camarades qui voyagent plus fréquemment que moi sur les lignes du soleil levant.

Chapitre 1 : Nuisance énergétique : L’adolescente sur-vitaminée (ASV)

L’ASV, généralement envoyée en stage linguistique en Amérique latine ou en visite chez Tante Sophie, expatriée depuis trois ans à San Francisco, voyage pour la première fois en dehors de la tutelle de ses géniteurs.

Elle en ressent une légitime fierté, cette situation lui conférant temporairement le statut d’age adulte, donc le droit enfin reconnu par la société toute entière d’emm… à loisir son voisinage, sans se heurter en permanence aux remontrances de ses parents. Elle va donc largement profiter de l’occasion qui lui est offerte pour manifester sa condition de primate supérieur auprès de ses voisins de cabine .

L’ASV dispose au départ d’un avantage certain car, contrairement à toute personne physique normalement constituée, l’ASV ne dort jamais dans un avion. Tout au long d’un vol de nuit de plus de dix heures, elle conserve la faculté de ricaner bêtement toutes les trois minutes devant le film américain de série B en version originale dont elle ne comprend pas la moitié des dialogues puis, dès la projection terminée,d’émettre à intervalle régulier des gloussements dindonnesques au contact quasi intime de sa console de jeux ou de son baladeur MP3. L’ASV mâchonne pendant tout le voyage et y compris pendant les repas (!) un chewing-gum douteux qui produit dans un périmètre de cinq à dix mètres à la ronde une odeur pestilentielle de fraise ou de chlorophylle frelatée qui en dit long sur le niveau désormais atteint par le lobby industriel américain pour laminer définitivement les valeurs fondamentales de notre jeunesse Occidentale.

L’ASV ne tient pas en place et s’agite perpétuellement, dans toutes les directions que lui permet encore, pour quelques courtes années, l’exceptionnelle souplesse de son corps d’enfant..

Personne ne sait vraiment d’où lui provient cette extraordinaire énergie. Lorsqu’elle se rassoit sur son siège (et c’est en général plusieurs fois par heure, compte tenu de son activité débordante) elle se rejette violemment en arrière de tout son poids sur son dossier, en n’oubliant pas d’actionner dans le même temps la commande d’inclinaison dudit dossier. Cette astucieuse synchronisation a pour effet de créer un séisme de magnitude 8 sur le plateau repas du voisin de derrière, qui rattrape in extremis son gobelet de café, une fraction de seconde avant de ressentir une douleur violente dans le sternum, attaqué de face et par surprise par le bord tranchant de sa tablette rabattable.

Aussi, après six à huit heures de vol insomniaque, tous les proches voisins de l’ASV n’ont plus qu’un seul rêve : celui de se jeter sur elle pour la déshabiller violemment. Pourquoi autant de violence exercée sur un être mineur, encore fragile et innocent ? Tout simplement dans l’espoir secret de découvrir, quelque part sur son corps d’être bionique, l’interrupteur caché qui mettra enfin un terme à cette débauche énergétique, et leur permettra de dormir quelques minutes lors des trois heures qu’ils leur restent encore entre le survol de la Floride et l’atterrissage à Mexico City.

Chapitre 2 : Nuisance morphologique : L’obèse Américain

Peut on être obèse sans être Américain et vice-versa ?

La question n’est pas si simple et ne se pose probablement pas en ces termes. La suralimentation simultanée des moteurs à explosion et des peuples Occidentaux a généré depuis cinquante ans des populations d’obèses dans de nombreux pays du monde. Toutefois, ce qui distingue l’obèse Américain des autres obèses, en particulier Européens, c’est son obésité « circulaire ». A la différence de l’obèse « standard », qui présente une panse proéminente s’intégrant aisément dans l’espace restreint situé sous la tablette rabattable destinée aux plateaux repas, sans présenter de risques majeurs pour ses voisins de cabine, et pouvant même lui procurer un certain confort d’amortissement en cas d’atterrissage violent, l’obèse Américain affiche avec fierté son obésité de manière également répartie aux quatre points cardinaux.

Ce constat traduit de manière évidente l’avantage décisif du Mac Donald aux hormones et du Coca-Cola transgénique sur la bière Allemande et le cassoulet au confit d’oie, et ce sujet mériterait, à n’en pas douter, l’attention prolongée des scientifiques diététiciens du monde entier.

Cette caractéristique morphologique exceptionnelle permet à l’obèse américain d’envelopper de sa graisse surabondante, non seulement l’espace situé devant lui, mais également les accoudoirs, qu’il devrait en toute logique partager équitablement avec ses deux voisins latéraux. Cette aptitude étrange l’apparente à certains héros improbables et gélatineux de science-fiction, dont le corps se modèle et s’adapte perpétuellement aux formes géométriques de leur environnement. .

A ce titre, on peut supposer que l’obèse américain a largement inspiré les scénaristes de la Guerre des Etoiles pour la création du personnage de Jabba le Hutt.

Se retrouver englué, sans aucune possibilité de mouvement, et cela dix heures durant, entre deux obèses Américains, reste, pour celui qui l’a vécu, une expérience humaine inoubliable, même si elle conduit fréquemment à des traumatismes psychologiques irréversibles chez les personnes sensibles.

Notons, toutefois, que les séquelles physiques liées à cette épreuve, qui s’avéraient parfois dramatiques il y a vingt ans, sont de nos jours de plus en plus rares. Soyons pour cela reconnaissants aux sympathiques stewards et hôtesses des compagnies aériennes modernes, qui ont appris les gestes qui sauvent, et qui sauront, dans la plupart des cas, déclencher à temps les masques à oxygène à votre attention, puis vous désincarcérer avec douceur, au pied de biche ou à la scie sauteuse, quelques minutes après l’atterrissage.

Chapitre 3 : Nuisance sociale : Le comité d’entreprise

Constitué d’une horde approximative et multicolore de quinze à trente individus, d’origine Française ou Auvergnate, les membres du Comité d’entreprise, même s’ils sont en général disséminés dans la cabine économique par les effets pervers du surbooking, de l’incompétence des agences de voyage ou de la réservation aléatoire par Internet, s’identifient aisément entre eux par un signe de ralliement, toujours du meilleur goût, qui les distingue immédiatement des autres passagers. Citons quelques exemples caractéristiques parmi tant d’autres : Casquette jaune comportant de manière ostensible le logo d’une grande marque d’apéritif anisé, énorme sticker rouge distribué à l’aéroport d’embarquement par la généreuse agence de voyages et collé en évidence sur la poitrine, ou, plus modestement, tee-shirt fluorescent, flocké la veille du départ d’inscriptions énigmatiques, dont le sens caché échappe aux non initiés (Exemple : « Bolivie 2003 / CE La Poste »).

Leur population se divise clairement en deux clans : Ceux qui prennent l’avion pour la première fois et qui, de ce fait, vont s’interdire de dormir pendant tout le voyage afin de profiter au mieux de ce moment unique de leur vie touristique, et ceux qui ont déjà pris l’avion au moins une fois auparavant et vont donc se faire un devoir de charité socialiste d’expliquer à leurs collègues néophytes (pardon…leurs camarades en formation) les règles élémentaires de l’aéronautique et du tourisme international.

Cette franche solidarité va initier un ballet sans interruption de plusieurs heures dans les allées de la cabine éco, mouvement brownien en comparaison duquel l’agitation d’une fourmilière par temps d’orage s’apparente à une nature morte. Quelques exemples de cette agitation surréaliste, choisis au hasard mais néanmoins représentatifs de ce cataclysme moderne :

- Roger, au siège 35F, allant régulièrement expliquer à Ginette au siège 28A à la verticale de quelle ville l’avion se trouve et pourquoi il y a des trous d’air. Cette dernière tâche étant éminemment ardue et nécessitant parfois plusieurs heures d’enseignement, dans la mesure où Ginette a toujours pensé, depuis la consommation de son premier Emmenthal, que les trous et l’air étaient composés du même matériau.

- Marcel, au siège 44B, se levant toutes les demi-heures pour aller immortaliser les uns après les autres tous les membres du CE, grâce à son appareil photo jetable doté d’un flash suffisamment puissant pour surprendre violemment dans leur sommeil tous les passagers des rangées voisines, délicatement assoupis depuis quelques minutes et ainsi brutalement ramenés à la dure réalité de la vie en économie collectiviste. (Au passage, un conseil de photographe expert : On devrait toujours jeter les appareils jetables avant de faire les photos et non après !)

- Gaston, le boute en train, navigant perpétuellement et sans fatigue apparente entre les rangs 18 (famille Bergougnoux) et 45 (Robert, le trésorier du CE) pour raconter ses habituelles histoires drôles, que tout le monde connaît depuis 1998 , en les ponctuant de grands éclats de rires qui ébranlent les racks à bagages, et qui lui ont assuré sa réputation de meilleur camarade de l’équipe, jusqu’à le rendre désormais indispensable à tout périple international du CE digne de ce nom.

Tout ceci crée une saine ambiance conviviale et festive au sein de l’avion dont profite largement l’ensemble des autres passagers. Ceux, d’ailleurs, qui ne voudraient pas en profiter sont automatiquement exclus du cercle intimiste de cette joyeuse confrérie et font rapidement l’objet des railleries les plus infâmantes, que nous éviterons de reproduire ici, par respect pour notre belle langue Française et par peur de la censure.

Il est à noter enfin qu’une des coutumes les plus traditionnelles des membres du CE est d’applaudir stupidement et frénétiquement tous ensemble dès que l’avion a touché le sol. Il s’agit probablement là d’une manifestation cabalistique sauvage, propre aux syndicats ouvriers, que mon manque d’expertise de ces sociétés secrètes ne me permet pas de vous expliquer avec plus de détails. Quel qu’en soit sa signification rituelle, ce signal est en général perçu avec un profond soulagement par tous les autres passagers qui comprennent dès cet instant qu’ils n’ont plus que quelques minutes à devoir supporter cette longue humiliation

IMPORTANT : Il s’avère malheureusement que d’autres groupes hostiles (Clubs du troisième age, Allemands en shorts au mois de Novembre, Japonais en vacances ne disposant que de six jours pour visiter quinze pays Européens,…), pourtant non apparentés à des comités d’entreprises, peuvent adopter des comportements dévastateurs très similaires à ceux précédemment décrits. Aussi, dans tous les cas, et par mesure élémentaire de sécurité, on recommandera fortement au voyageur soucieux de sa tranquillité, de rompre tout contact, dès le décollage, avec les groupes de touristes non clairement identifiés et de n’adresser exclusivement la parole qu’à des voyageurs isolés.

Chapitre 4 : Nuisance acoustique : Le gniard hurleur

Espèce endémique à la classe économique, le gniard hurleur (age moyen : un à quatre ans) émet des cris stridents à vous glacer le sang toutes les dix minutes tout en s’assurant à intervalle régulier par un habile coup d’œil circulaire, qu’aucun des passagers de la cabine ne parvient à dormir confortablement. Ses cris redoublent d’ailleurs de puissance s’il s’aperçoit qu’un passager plus résistant que les autres s’avise de fermer l’œil pendant plus de trois minutes consécutives L’analyse vibratoire des cris du gniard hurleur par une Université Américaine a mis en évidence, outre une intensité exceptionnelle dans les fréquences audibles, un large spectre de fréquences ultrasoniques, qui le classe définitivement parmi les espèces extra-terrestres.

Le gniard hurleur provoque l’insomnie et la panique générale chez tous les passagers de la cabine, excepté ses parents, qui paraissent toujours conserver une attitude calme et paisible, voire distante, face aux débordements démoniaques de leur progéniture.

Il apparaît, après une enquête approfondie, que ce courageux comportement est en fait conditionné par un apprentissage de résistance à la douleur prolongée, acquis avec patience lors d’un stage spécialisé de trois semaines, au sein d’un monastère bouddhiste reculé de l’Himalaya. (Formulaire d’inscription disponible sur le site Internet "jedoispascraquer.com)"

La concentration de gniards hurleurs varie, selon les vols, de un à trois par avion. Ces variations saisonnières sont assez logiquement corrélées aux habituelles périodes de reproduction de l‘espèce, plus connues sous le nom de congés payés. On a cependant pu dénombrer, même si cela reste exceptionnel, jusqu’à six gniards hurleurs en période estivale sur certains vols vers l’Amérique du Nord. En forte concentration, l’instinct collectif et solidaire des gniards hurleurs leur permet de hurler à tour de rôle, ce qui facilite la constance de leur nocivité sans accroître pour autant leur fatigue respective.

Cette stratégie est particulièrement efficace pour s’attaquer à des vols d’une durée supérieure à huit heures. Certaines catastrophes aériennes récentes encore inexpliquées pourraient ainsi trouver leur origine dans une concentration surabondante de gniards hurleurs, ayant progressivement poussé au suicide la totalité des membres d’équipage pendant le survol de l’Atlantique Nord.

Phénomène étrange : Sa pollution sonore cesse miraculeusement dès lors que le gniard hurleur franchit le seuil de la classe affaires ou lorsqu’il quitte l’avion… Aucun scientifique crédible n’a pourtant réussi à ce jour à expliquer cette fascinante énigme de la zoologie aéronautique.

Malgré son exceptionnel pouvoir de nuisance, le gniard hurleur reste néanmoins protégé par la Convention de Genève, qui régit le traitement des prisonniers de guerre pour l’ensemble des conflits armés internationaux.

Par conséquent, son abattage sans sommation dans les deux heures qui suivent le décollage est fortement déconseillé car cet acte, bien que de légitime défense, est, à quelques exceptions près, passible de lourdes poursuites judiciaires. Dommage…

Chapitre 5 : Nuisance exotique : Le Chinois voyageur.

Le Chinois voyageur est une espèce nouvelle, logique conséquence de la mondialisation de l’économie, apparue depuis une dizaine d’années à bord des aéronefs, en concentration préférentielle sur les compagnies aériennes Extrême-orientales car il voue une haine profonde au rôti de veau - purée et à la paella Valenciana.

Le Chinois dort peu, travaille beaucoup, ne conteste pas les ordres, et se contente d’une rémunération dérisoire en comparaison de ses heures travaillées. Il est donc logique qu’il ait intéressé très tôt les entreprises multinationales qui peuvent lui confier à bas coût la fabrication des consoles de jeu destinées à lobotomiser à grande échelle les adolescentes sur vitaminées dont nous avons parlé plus haut.

En favorisant ce lucratif échange culturel Est - Ouest, ces multinationales assurent ainsi aisément, et sans doute encore pour plusieurs siècles, leur domination totale sur le monde dit « civilisé ».

Au sein d’un avion, le Chinois voyageur s’ennuie profondément en classe économique  où l’exiguïté de l’espace ne lui permet pas de travailler, ce qui est pourtant son unique véritable loisir.

Comme le Chinois dort peu, il s’adonne alors consciencieusement à trois activités principales : le déplacement transversal (activité prédestinée quand on appartient à l’Empire du milieu), le bavardage à haute voix avec ses compatriotes, et l’absorption de ses nourritures favorites.

Côté déplacement transversal, le Chinois éprouve visiblement un plaisir presque sadique à piétiner sans vergogne les jambes allongées de ses voisins de rangée. Cette habitude, sans doute héritée des plus ancestraux supplices Chinois, devra vous encourager  à éviter absolument les effets dévastateurs et quasi permanents du Chinois dit « côté hublot »

Côté bavardage avec ses compatriotes, si la langue Chinoise s’écrit en délicieux idéogrammes, dont l’esthétique calligraphie n’échappera à personne et fait encore aujourd’hui le succès des meilleures galeries d’art du seizième arrondissement, malheureusement, et a contrario, cette langue ne se parle pas avec le même bonheur : Elle s’explose approximativement en rafales aléatoires et grinçantes, un peu telle une mitrailleuse anti-chars spasmodiquement enrayée en plein tir sous l’effet de la corrosion marine !

En conséquence directe, toute conversation simultanée, et en général à voix haute, de plus de trois Chinois voyageurs est à même de couvrir presque intégralement le bruit puissant des quatre réacteurs d’un Airbus A340, lancés à plein régime.

Côté régime justement, lorsque le Chinois s’immobilise pour quelques minutes sur son siège, il ingurgite avec une délectation qui frise l’inconscience, tout en l’accompagnant de bruits de déglutition apocalyptiques, ces fameuses soupes Asiatiques déshydratées dont l’odeur quand on les mange et quand on les vomit est à peu près similaire, ce qui laisserait supposer qu’elles sont originellement composées, à parts égales, de sucs gastriques et d’aliments prédigérés.

Cette nutritive activité assure au sein de la cabine la diffusion uniforme d’un aérosol de miasmes putrides dont on peut légitimement craindre les effets pervers, assez proches de ceux des gaz de combat, sur la santé du voyageur Européen normalement constitué (…ce qui confirme la vive opposition des Chinois à la constitution Européenne).

Ainsi, grâce à ses trois occupations favorites, le Chinois voyageur, malgré sa morphologie plutôt ordinaire, voire insignifiante, peut occuper, avec un égal talent, la totalité des espaces matériel, sonore et olfactif de la cabine et vous assure, dès l’embarquement à Paris une immersion quasi parfaite dans l’atmosphère grouillante des marchés de Mongolie Intérieure.

Il est toutefois difficile de lui en tenir rigueur…

En effet, le Chinois est passé, en l’espace d’un siècle, de la société impériale et sans merci des Mandarins, à l’enfer rouge et collectiviste du Maoïsme, puis à la production industrielle en très grande série de jouets en plastique fluorescent et de théières émaillées à motif floral, désormais en vente partout à moins de 2 Euros, toutes taxes comprises, jusque dans les endroits les plus reculés de la planète.

Victime d’autant de violents traumatismes successifs en un temps aussi bref, il n’est donc pas étonnant qu’il ait au passage raté quelques étapes de l’éducation de base, centrée sur le respect de ses voisins, que requiert habituellement toute vie paisible en sociétè

ANNEXE 1 (BIBLIOGRAPHIQUE) : Des témoignages de l’histoire

« Le vrai sage médite rarement en classe éco »

Confucius (485 avant JC)

« Honnie soye la classe éco, qui ne promoit point le repos »

Epitaphe de la tombe d’un voyageur anonyme du onzième siècle.

Abbaye de Glenfiddich (Ecosse)

« La prochaine fois, je viendrai à cheval »

Attribué par Saladin à Saint-Louis lors de sa descente du vol Crusadair Paris-Constantinople en Juillet 1254

« Ce que j’ai fait, aucune bête ne l’aurait fait »

Henri Guillaumet (après son dramatique survol des Andes en classe éco, en Juin 1930)

ANNEXE 2 (Gastronomique)

« On doit reconnaître que les vignerons du Sud - Ouest ont fait beaucoup de progrès ces dix dernières années. Par chance pour le maintien du plein emploi en Languedoc-Roussillon, ceux qui n’en ont pas encore fait ont toujours la possibilité d’écouler leur production en toute impunité sur Air France en classe économique »

Les acides - Collection « La chimie à la portée de tous » 2005